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L’innovation ouverte, un bonne nouvelle pour le développement durable ? 25 février 2014

Innov ouverte 2

L’innovation ouverte est « la » tendance montante dans le domaine de l’innovation.

Cette approche s’inscrit dans la lignée de l’open-source, qui a fait ses preuves en informatique en démontrant qu’il était possible et efficace de concevoir des systèmes complexes grâce à la collaboration de milliers de personnes apportant leur contribution à la conception d’une œuvre commune, et de dizaines de milliers d’autres jouant un rôle d’optimisation. Parmi les exemples les plus connus, le logiciel Mozilla Firefox, un navigateur Internet gratuit et open-source qui est devenu le deuxième le plus utilisé au monde, ou Wikipedia (l’encyclopédie gratuite, en ligne, collaborative et open-source, écrite par des volontaires en 282 langues), devenue très largement leader mondial en dix ans seulement, face à Encyclopaedia Britannica. De manière intéressante, dans ces deux cas, les organisations porteuses de ces projets proposent aussi un modèle complètement nouveau, puisqu’il s’agit de fondations.

Cette révolution est accélérée et rendue possible par le digital qui met l’entreprise en relation avec des communautés de professionnels et de passionnés… et lui fournit les outils pour suivre et stocker des données dont l’exploitation ouvre de nouveaux horizons. Elle devient nécessaire alors que le temps s’accélère et qu’il faut être de plus en plus proactif pour garder un temps d’avance, dans un contexte où les grandes organisations (trop) structurées ne sont pas toujours les plus propices à la créativité, a fortiori dans un contexte économique d’austérité.

Peu à peu, l’innovation ouverte s’étend ainsi dans tous les secteurs et pour toutes les tailles d’entreprise : Raidlight, entreprise grenobloise de 33 salariés spécialisée dans les équipements Outdoor, propose depuis plusieurs années à plus de 3000 clients passionnés de trail de participer à la conception de produits sur un espace dédié de son site consacré à la « R&D collaborative ». L’entreprise s’est d’ailleurs lancée dans cette démarche parce qu’elle n’avait, selon ses propres dires, pas les moyens de se payer un département de R&D. L’innovation ouverte serait-elle aussi adaptée au contexte de crise ou à une forme de sobriété ? Concrètement, ici, les clients sont incités à participer en devenant membres de la Team Raidlight : leurs contributions leur apportent des points, qui sont échangeables contre des cadeaux, des journées de stage, des invitations à des manifestations sportives, un accès privilégié à de nouveaux produits… C’est ainsi que la chaussure Trail Team R-Light 001 a été conçue en faisant appel à la communauté Raidlight, sur la base de plus de 250 idées et commentaires postés par des clients ayant participé au processus de conception : une très bonne façon de coller au mieux aux besoins du marché et de réaliser des produits de qualité. En France, la plateforme www.eyeka.com met les marques en relation avec des créateurs capables de leur résoudre un problème, de développer une vidéo, etc. De son côté,  la SNCF a organisé en 2012 les Hack Days – mettant des données jusque-là confidentielles à disposition de 10 équipes de développeurs, designers, porteurs d’idées et voyageurs qui relèvent le défi de développer de nouvelles applications pour améliorer les transports, dans l’esprit de ce que fait, à New-York, la Metropolitan Transit Authority depuis 2010 avec son initiative « open data » à l’attention des développeurs d’applications (http://mta.info/developers/). Une autre approche intéressante est utilisée, aux Etats-Unis, par la plateforme www.popularise.com qui propose aux riverains de partager leurs attentes, besoins et suggestions pour des projets urbains précis dans leur quartier : le constructeur Skanska y a déjà eu recours pour un projet de centre commercial, en demandant aux riverains quels commerces ils souhaitaient y voir demain…  Toujours sur les questions d’urbanisme, MiLES (Made in Lower East Side) est un projet inter-disciplinaire dont l’objectif est de transformer les habitations et commerces vacants du quartier pauvre de Lower East Side, à New-York (au total, 212 sites représentant 23 000 m2), par un processus inédit impliquant ses habitants (simples particuliers, commerçants et entreprises, dont les acteurs immobiliers intervenant sur la zone) dans des ateliers d’écoute et de co-conception.

Ces évolutions sont à l’évidence de bonnes nouvelles pour le développement durable, tout comme l’émergence de l’innovation ouverte elle-même. Et ce, à maints égards :

#1 – D’abord, la culture de l’entreprise évolue. Cet essor de l’innovation ouverte accompagne la conviction répandue que l’entreprise peut de moins en moins trouver les meilleures idées seule et que plus elle s’enrichira d’autres points de vue, de savoir-faire et de cultures différents des siens, plus elle développera sa capacité à créer et à résoudre des problèmes complexes. L’ouverture n’est plus seulement une valeur humaniste et positive mais devient un puissant levier de business. L’entreprise reconnaît qu’elle fait partie d’un écosystème et que, de manière croissante, elle ne pourra survivre que si elle prend acte de son interdépendance avec les autres « espèces » de cet écosystème et s’engage à coopérer avec elles. Ce nouveau regard replace le dialogue avec les parties prenantes au cœur des stratégies : l’intérêt de ce dispositif se diffuse plus naturellement auprès des équipes en charge des marques, de l’innovation ou encore de la stratégie, qui de fait sont de plus en plus engagées dans des formes de co-construction avec les parties prenantes.

#2 – Ensuite, l’innovation ouverte repose sur la mobilisation de communautés. Bien sûr, il serait utopique de dire que seul le développement durable peut mobiliser les foules. Mais la motivation de servir l’intérêt général, plus que l’intérêt particulier de telle ou telle entreprise, peut contribuer à la mobilisation : l’étude réalisée par Opinion-way en 2012 sur les Français et l’innovation nous apprend que les principales qualités attendues d’une innovation sont notamment qu’elle simplifie la vie (49%) ou préserve l’environnement (42%) devant le fait qu’elle fasse ressentir de nouvelles sensations (12%). Parions que les individus seront plus nombreux et feront davantage preuve de créativité sur ce qui les motive le plus : les plateformes d’innovation ouverte dédiées à la résolution de défis sociétaux se développent et connaissent un succès croissant. Dans le cadre de sa stratégie développement durable, Unilever a ainsi ouvert une plateforme dédiée à la sollicitation d’idées et de solutions permettant de respecter son engagement de réduction de son impact environnemental d’un facteur 4. Concrètement, les « défis » proposés portent sur les emballages, la préservation de la nourriture, etc. Et dans un genre différent, la référence www.openIDEO.com venue d’outre-Atlantique est un autre bel exemple d’appel à la créativité de la foule pour contribuer à résoudre les problèmes graves de notre temps.

#3 – Enfin, et à l’inverse, les entreprises auront sans doute besoin du processus d’innovation ouverte pour trouver des solutions crédibles, à la hauteur des enjeux du développement durable.  Dans un contexte où elles sont déjà confrontées à des problèmes sociaux ou environnementaux complexes dont leurs dirigeants n’ont pas toutes les clefs, et dans la mesure où leurs réponses seront de toute façon scrutées par les parties prenantes concernées, il est tout simplement judicieux d’associer celles-ci en amont à la réflexion et à la conception des solutions, pour profiter de leur expertise et de façons de faire différentes de celles de l’entreprise. Au passage, cela renforce aussi l’acceptabilité et la légitimité des solutions développées. Rappelons nous comment Unilever, il y a quelques années, a allié ses forces à celles de la première ONG environnementale au monde, WWF, pour imaginer le label MSC et promouvoir la pêche durable, le groupe anglo-hollandais apportant sa connaissance du marché et l’effet de levier de ses achats, tandis que l’association apportait sa connaissance des écosystèmes et des conditions du renouvellement des ressources.

D’après une étude récente de PriceWaterhouseCoopers (PWC’s Global CEO Survey), environ 40% des dirigeants d’entreprises internationales pensent désormais que la majorité de l’innovation sera à l’avenir réalisée sur ce modèle, c’est-à-dire co-développée avec des partenaires externes à l’entreprise. Se détachant du vieux modèle de l’innovation fermée, construit autour d’une R&D interne, tenue au secret sur ses projets et protégeant ses idées par une politique agressive de dépôt de brevets (qui le plus souvent ne génèrent aucun profit car la plupart de ces brevets restent inexploités), les entreprises commercialiseront des idées principalement venues de l’extérieur en déployant de nouvelles façons d’accéder au marché, dont certaines seront également externes (spin-offs, start-ups, etc.). Les frontières entre l’entreprise et son environnement sont désormais poreuses, et les idées circulent librement de l’une à l’autre. Le mot du “Not invented here” (littéralement : pas inventé ici) est remplacé, comme chez Procter & Gamble par celui du « Fièrement déniché ailleurs ». La bonne nouvelle est que cette situation pourrait bien aussi, au passage, rendre les entreprises plus performantes, plus résilientes et plus responsables…

 

Merci à Elisabeth Laville pour la co-rédaction de cet article.

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Article de Patricia Cortijo
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