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« A quoi ressemblerait le monde si nous investissions 50% de nos économies à moins de 100 km de là où nous vivons ? » 26 juin 2018

L’Alliance Slow Money, quelles inspirations pour les acteurs du financement local ?

 

Utopies, dans le cadre de ses travaux et réflexions sur le financement local, accueille à la rentrée 2018 Woody Tasch, fondateur de Slow Money. Un diner d’échanges est organisé en partenariat avec l’Euro India Business Group, le 4 septembre à Paris. Renseignements et inscription

# Un constat de départ

La crise de 2008 a montré la fragilité de notre système. Elle n’était que les prémices d’une véritable mutation économique, financière, sociale, sanitaire et écologique. En effet, l’argent circule trop vite et hors sol. La finance s’est déconnectée de l’économie réelle et le secteur agro-alimentaire contribue au dysfonctionnement de notre économie (utilisation irrationnelle de ressources naturelles limitées, contribution non négligeable à la pollution générale et au changement climatique…)

# Naissance du mouvement

Le concept Slow Money a été inventé par l’ancien président du réseau de business angels « Investors’ Circle », Woody Tasch, qui publie son premier livre en 2009 « Inquiries into the Nature of Slow Money : Investing As If Food, Farms and Fertility Mattered  ».

Dans l’esprit de cet ouvrage, l’alliance « Slow Money » est créée un an plus tard sous la forme d’une association à but non lucratif inspirée du mouvement « Slow Food », né à la fin des années 1980 en réaction à la « fast food » de McDonald’s et autres chaînes de restauration industrielle.

# Le concept

Le mouvement Slow Money repose sur l’idée que, pour réparer notre économie, il faudrait repartir de la base, c’est-à-dire du sol, de la nourriture et des femmes et hommes qui la produisent. L’alliance réunit donc différents acteurs qui ont choisi de soutenir l’investissement dans la production d’une nourriture de qualité pour tous. Cela représente une façon de redonner du sens à la finance en l’allouant au développement d’une agriculture saine et durable, qui recycle les ressources naturelles devenues rares, sur le modèle de l’économie circulaire.

# L’argent lent

Tout comme la slow food incite à renouer avec la cuisine maison et les produits du terroir, le slow money a pour vocation de donner à l’argent le temps de s’investir dans des projets d’économie locale et d’agriculture durable, de fructifier, loin de la logique de retour sur investissement à court terme des marchés financiers, mais en constituant bel et bien un investissement pour le long terme. Slow Money propose donc de soutenir les acteurs économiques d’un territoire capables de produire et vendre localement de la nourriture saine et écologique en prêtant directement à ces entrepreneurs ou en les aidant à se développer dans leur activité :

  • Par une coopération renforcée entre acteurs économiques
  • Par un accès facilité au financement pour les petites entreprises locales de nourriture (producteurs, transformateurs ou distributeurs en bio et agro-écologie).

A mi-chemin entre microfinance et « crowdfunding », Slow Money met en relation des petits agriculteurs locaux, en quête d’argent pour acheter un champ ou un tracteur, avec des investisseurs, particuliers ou institutionnels, désireux de réaliser des placements responsables.

# Les systèmes locaux de nourriture

Slow Money souhaite contribuer à promouvoir la qualité et la sécurité alimentaire sur les territoires et encourage donc :

  • Le développement de Systèmes Locaux de Nourriture dynamiques et résilients, à l’initiative des collectivités, des professionnels et des citoyens
  • La rencontre et la coopération entre entrepreneurs de la nourriture et investisseurs éthiques.

Dans ce sens, l’association a élaboré une charte reposant sur 6 principes qui a été aujourd’hui déjà signée par plus de 31 000 personnes à travers le monde.

# Formes de financement et de gouvernance innovants

Plusieurs formes d’investissements sont proposées. Les projets sont examinés par Slow Money, qui décide ensuite – ou non – de permettre de les présenter aux investisseurs. Lesquels peuvent se regrouper, en réseaux locaux ou en clubs d’investissement, afin de constituer une force de frappe financière plus grande pour les PME agricoles d’une région géographique donnée.

Aussi, la récente plateforme de crowdfunding « Beetcoin » créée par Slow Money, permet aux épargnants individuels d’investir même de faibles sommes dans des petites entreprises du secteur de la nourriture. 80% de chaque campagne de financement sont prêtés (pour 3 ans et à 0%) à l’entrepreneur recueillant le plus de votes de la communauté des investisseurs. Les deux suivants reçoivent chacun 10% dans les mêmes conditions.

# Les résultats

D’abord en Californie puis à travers les États-Unis, ce mouvement a permis, par ses actions et conférences régionales :

  • De financer 728 petites exploitations agricoles aux États-Unis,
  • Pour un montant total de 65 millions de dollars.

Des financements qui, pour la plupart, prennent la forme de prêts, comme ce crédit de 5.000 dollars accordé au taux de 5% à un couple de fermiers de l’État du Maine, et destiné à financer la construction d’une nouvelle serre pour la culture d’aubergines.

# Slow Money francophone

Le concept de slow money commence à essaimer hors des États-Unis, notamment en Europe à partir de 2013. Le Slow Money francophone a été créé par :

  • Raphaël Souchier, consultant en développement local durable, expert auprès de l’Union européenne, expert-associé d’Utopies
  • Arvind Ashta, professeur-chercheur, titulaire de la chaire Banque Populaire en Microfinance à l’ESC Dijon-Bourgogne
  • Aymeric Jung, un ancien banquier d’affaires reconverti dans l’« Impact investing», investissements ayant un impact positif sur l’environnement et la société.

Le Slow Money francophone étudie des projets allant de 50.000 à 2 millions d’euros. Les membres ont déjà participé au financement de diverses entreprises, à hauteur d’environ 1 million d’euros :

  • Les Jardins de Sainte Marthe : producteur en France de semences Bio et organisation de formations au maraîchage Bio
  • Almondgy : producteur en Suisse d’une barre énergétique bio reposant sur des qualités nutritionnelles uniques.
  • Topino : société Coopérative  belge qui organise la livraison de produits locaux à des consommateurs en circuit court.
  • La Ruche Qui Dit Oui :  Entreprise française de l’ESS, cette plateforme Internet est leader en France et en Europe des circuits courts, organisant la distribution directe entre producteur et consommateurs locaux.

Retrouvons-nous le 4 septembre autour d’un diner pour échanger sur ces mouvements et initiatives ! …et d’ici là, bel été et bonnes tomates !

Laura Jakubowski


Article de Arthur Binninger
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