Ceux qui pensent qu'il est impossible d'agir sont généralement interrompus par ceux qui agissent.
Celui qui vient au monde pourne rien troubler ne mérite ni égards ni patience.

Regards sur « l’état du mal logement en France », par la Fondation Abbé Pierre 5 mars 2016

Le 28 janvier, la Fondation Abbé Pierre présentait son 21e rapport sur l’état du mal logement en France. Une occasion de s’interroger sur les blocages structurels et les opportunités d’évolution du secteur.

En présentant les chiffres inquiétants de l’aggravation du mal logement, la Fondation Abbé Pierre dresse un tableau assez sombre d’un pays « malade du mal-logement ». Augmentation dramatique du nombre de sans-domicile (hausse de 50% entre 2001 et 2012), du surpeuplement et du froid à domicile, les statistiques et les témoignages interpellent et soulignent que le logement, loin d’un simple reflet des inégalités sociales, est un facteur majeur d’approfondissement de ces dernières. Maillon essentiel ou centre névralgique des inégalités, le logement conditionne, induit et impacte l’état de santé, les choix de consommation et jusqu’à l’accès à l’emploi de ses habitants.

Au delà de l’alerte, la Fondation Abbé Pierre dresse des pistes d’actions.

Un nécessaire volontarisme politique
En soulignant le manque de portage politique ou financier de certains engagements prometteurs (encadrement des loyers, chèque énergie, garantie universelle des loyers), la Fondation Abbé Pierre appelle à une mobilisation réelle des budgets et des agendas autour de ces enjeux. L’objectif: développer des politiques ambitieuses, engagées sur le long terme, aussi bien dans le secteur de l’immobilier que du logement, et dotées des moyens financiers nécessaires.

L’ouverture du secteur à de nouveaux acteurs
De façon plus systémique, la Fondation interpelle sur le cloisonnement des politiques et des acteurs du logement, échouant à intégrer des problématiques plus larges comme celles de la santé. Elle esquisse ainsi la nécessaire évolution du secteur et de ses acteurs vers un modèle plus ouvert. Un exemple avec le cas des bailleurs sociaux.
Les bailleurs sociaux face aux défis du mal logement: quels leviers d’évolution?

L’évolution du rôle de bailleur social
Les changements observés par le monde HLM et soulignés par la Fondation Abbé Pierre (précarisation des publics, rareté de l’offre, etc.) poussent les bailleurs à repenser leur rôle et leurs pratiques.
Ces derniers doivent plus que jamais intégrer les problématiques sociales des questions d’accompagnement afin de répondre aux besoins de leurs publics. Maintenir dans leurs logements les personnes qui posent des difficultés de gestion (impayés, troubles de voisinage, etc.), faire accéder de manière sécurisée des personnes aux parcours chaotiques sont ainsi devenus des enjeux centraux car de plus en plus communs.
Par ailleurs, au delà d’une assurance de confort et de sécurité, les bailleurs sociaux se doivent maintenant de favoriser le lien social et la participation des habitants à la vie du quartier.

Le bailleur est donc attendu bien au delà de son rôle de « logeur » et devient peu à peu un « accompagnant » et un « ensemblier ». Cependant, si l’évolution des bailleurs devient nécessaire, il s’agit néanmoins de prendre acte de la difficulté de ces derniers à faire face à ces enjeux et de leur incapacité à porter seuls ces nouveaux défis. Y répondre tient de l’aventure d’innovation sociale et sociétale et la mobilisation de nombreux acteurs autour d’actions partenariales y tient une place clé.

Co-construire des solutions ancrées sur les territoires
De nombreuses personnes l’auront rappelé ce 28 janvier : il est essentiel de décloisonner les questions du logement, et a fortiori du mal logement, pour y intégrer d’autre secteurs (santé, emploi, etc.) et acteurs (usagers, habitants, société civile, élus locaux). Pour répondre aux défis pressants auxquels doivent faire face les bailleurs sociaux, le renforcement des coopérations sur le temps long est crucial, afin de rendre possible un soutien plus global, intégrant des thématiques plus larges (famille, scolarité, santé, etc.). Comme souligné par l’USH et la Fapil, « c’est cette complémentarité des rôles qui joue (…) dans l’accès durable des ménages à un logement adapté à leurs besoins » .
De nombreuses initiatives déjà existantes démontrent l’efficacité et la pertinence de cette démarche :
– Le réseau AFFIL, réunissant des membres du monde Hlm, des réseaux associatifs (hébergement et logement d’insertion) et des collectivités et visant à favoriser la création de projets d’insertion par le logement.
– Le partenariat entre le bailleur Toit et Joie et l’association Aurore, permettant la mise en place d’une équipe mobile pour aller au devant des locataires en souffrance psychique.
– L’action conjointe de la société HLM 3F et de l’Association pour le droit à l’initiative économique (ADIE) visant à sensibiliser les occupants au micro-entrepreneuriat et à les accompagner dans leurs projets de développement d’entreprises.

Par ailleurs, si les constats de la Fondation Abbé Pierre appellent des solutions globales, ils soulignent également le besoin d’actions diversifiées et territorialisées, dont l’ancrage local est garant de pertinence, d’efficacité et d’innovation. En effet, à ces enjeux globaux se superposent des spécificités territoriales dont la connaissance est nécessaire pour pallier les besoins urgents mais aussi créer un lien social et une vie de quartier qui, au final, sont aussi partie intégrante du « bien logement ».


Article de Heliabel Bomstein
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