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Changer l’entreprise (et le monde) dans les 21 années à venir. IDEE #6 : Réconcilier l’entreprise avec son utilité pour la société 2 juin 2014

A l’occasion de ses 21 ans fêtés en avril 2014, Utopies a organisé un bouillon collaboratif avec ses clients et partenaires pour réfléchir ensemble aux moyens de transformer (radicalement) le fonctionnement des entreprises pour un monde plus durable. Ce blog publie ici les résultats de cette réflexion… qui doit beaucoup à nos invités : qu’ils soient tous chaleureusement remerciés !

IDEE #6 : RECONCILIER L’ENTREPRISE AVEC SON UTILITE POUR LA SOCIETE

« L’entreprise est la force la plus puissante du monde moderne, car elle combine la créativité humaine et le pouvoir de l’argent. Cette force peut, et doit, s’atteler à résoudre les problèmes de notre temps, y compris les problèmes graves ou difficiles. »

Anita Roddick

Si ses statuts définissent aujourd’hui les activités que peut exercer une entreprise, ils ne disent rien sur sa mission. Or une organisation ne doit-elle pas se définir et être créée avant tout pour poursuivre une mission ? Le développement de l’entreprenariat social démontre qu’un nombre croissant de créateurs d’entreprises conçoivent leur projet comme une réponse à un défi sociétal. Des formes d’organisations –  coopératives et associations notamment – se caractérisant avant tout par leur mission,  investissent la sphère économique, en s’appuyant sur des modèles économiques nouveaux.

Comment les entreprises « classiques » peuvent-elles tenir compte de ces grandes tendances ?  Aux Etats-Unis, le mouvement porté par B Lab promeut la reconnaissance d’une nouvelle forme d’entreprise, la Benefit Corporation. Ces entreprises ont pour finalité d’avoir un impact positif sur la société et l’environnement. Elles doivent en tenir compte dans leurs prises de décision ainsi que leur communication et rendre public un rapport annuel sur leur performance sociétale et environnementale. L’existence des Benefit Corporations est aujourd’hui reconnue par 19 Etats américains, permettant ainsi à leurs dirigeants de poursuivre plus facilement leur mission sociétale, en rééquilibrant le pouvoir traditionnel des actionnaires.

Définir la mission sociétale de l’entreprise et l’ancrer dans ses statuts : bénéfices attendus

Inscrire la mission sociétale dans les statuts est aussi intéressant pour l’entreprise que pour le bien commun.

  • Bénéfice #1 : Elle met le fondateur et futur dirigeant devant l’une de ses responsabilités premières, celle de réfléchir à sa vision et à la mission de l’entreprise : à quel besoin répond celle-ci ? Comment ce besoin va-t-il évoluer dans les années à venir ? Quelles seront les meilleures façons d’y répondre ? Comment anticiper les évolutions du marché ? En clarifiant cette vision, le chef d’entreprise est plus à même de convaincre ses futurs partenaires des perspectives de développement de son entreprise.
  • Bénéfice #2 : En inscrivant la mission de l’entreprise dans ses statuts, son fondateur assure sa pérennité et s’affranchit des évolutions de la détention du capital de l’entreprise. Il assure ainsi l’intégrité de son projet dans la durée.
  • Bénéfice #3 : Affirmer une vision passe aussi un travail vertueux de sensibilisation des actionnaires et des partenaires. L’entrepreneur construit un écosystème d’acteurs motivés non seulement par les bénéfices financiers mais aussi attachés à la raison d’être de l’entreprise. C’est le plus sûr moyen de créer un nouvel actionnariat fondé sur des valeurs. Cela fait évoluer le classique pacte d’actionnaires en ouvrant la voie à une redistribution des bénéfices vers la société.
  • Bénéfice #4 : Le développement durable est au cœur de l’entreprise et relié au business. Il devient le fondement de l’activité de l’entreprise. Les pratiques de responsabilité sociétale s’inscrivent alors naturellement dans le projet de l’entreprise et prennent tout leur sens.
  • Bénéfice #5 : Se focaliser sur une mission donne à l’entreprise plus d’agilité et une meilleure capacité d’anticipation, en se détachant d’une offre ou d’activités prédéterminées et amenées à se périmer. La dynamique qui consiste à toujours chercher les meilleurs moyens de remplir sa mission constitue un formidable moteur de l’innovation et un rempart à l’obsolescence de son offre.

Comment diriger une entreprise définie par une mission sociétale ?

Au delà de l’acte de naissance de l’entreprise à mission sociétale, se pose la question de l’incarnation de cette mission dans le temps, pour s’assurer que l’entreprise reste alignée avec cet acte fondateur.

  • Cet alignement passe par le fait de rendre des comptes et de présenter comment la mission sociétale se traduit dans l’offre et dans la vie de l’entreprise.  Le reporting intégré prend ainsi tout son sens pour une entreprise dont l’activité est fondée sur une mission sociétale. Ce reporting nécessite  la définition d’indicateurs pour mesurer les bénéfices sociétaux réels de l’entreprise en lien avec sa mission.
  • La consultation des parties prenantes est indispensable pour éclairer la gouvernance de l’entreprise et juger de l’alignement à sa mission, en commençant par les parties prenantes plus spécifiquement concernées par la mission sociétale de l’entreprise (par exemple des associations de patients si la mission porte sur la prévention dans le domaine de la santé).
  • La répartition des bénéfices doit enfin être cohérente avec la mission sociétale. Les arbitrages et décisions stratégiques doivent traduire une vision équilibrée entre la rémunération des actionnaires et les bénéfices sociétaux. L’entreprise américaine Give Something Back, certifiée B Corporation, a ainsi, depuis 20 ans, donné en moyenne 73% de ses profits à des associations qui travaillent dans les secteurs de l’art, la culture, l’environnement, le bien-être animal et les services à la personne.

Inscrire la mission de l’entreprise dans ses statuts, c’est donner l’occasion de se poser les bonnes questions pour construire l’économie que nous voulons.


Article de Patricia Cortijo
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