Il faut prendre le changement par la main avant qu'il ne vous prenne par la gorge.
Si j'avais demandé à mes clients ce qu'ils voulaient, ils auraient répondu "un cheval plus rapide",  et pas une voiture.

L’effet multiplicateur local : un levier de développement pour les territoires 22 septembre 2016

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L’effet multiplicateur local, ou score d’enracinement des activités économiques des territoires, traduit la capacité d’un territoire à faire circuler en son sein les richesses produites localement.

 Si assurer l’attractivité et la compétitivité d’un territoire est incontournable pour capter davantage de richesses à l’extérieur, ces efforts n’ont de sens que s’ils profitent durablement au tissu économique local afin de favoriser l’emploi, la cohésion sociale et la résilience du territoire. Pour les territoires et les entreprises qui souhaitent s’investir dans le développement local tout l’enjeu consiste à favoriser la diversification du tissu économique vers les marchés locaux les plus porteurs.

Cette étude a été conçue à l’aide de l’outil LOCAL SHIFT® développé par Arnaud Florentin. Ce modèle repose sur les tables « entrées-sorties » formalisées par le prix Nobel Vassily Leontief et les calibre sur un territoire donné afin de les territorialiser. Ces tables permettent ainsi d’appréhender chaque agent économique, une entreprise, une association, un acteur public, un ménage, comme à la fois « offreur » et « demandeur ». Arnaud Florentin, Directeur Associé du cabinet Utopies, et Boris Chabanel, Expert associé chez Utopies, ont développé ensemble cette étude pour fournir aux collectivités une mesure concrète de l’ancrage local de leur tissu économique et des fuites économiques de leur territoire.

 

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Les Echos ont parlé de cette note de position le 22 septembre 2016 sur internet et dans leur édition papier du 22 septembre.

 

Ils ont également interviewé Raphaël Souchier, consultant européen en économies locales durables et en intelligence collective, qui commente l’importance de cette étude pionnière pour les collectivités et les territoires français. Retrouvez ici son interview par les Echos et voici la version complète de son interview :

Quel intérêt voyez vous à cette étude ?

Il s’agit, à ma connaissance, de la première démarche de ce type en France. L’outil d’analyse proposé par Utopies s’inscrit dans la lignée des recherches et stratégies de développement économique local mis en œuvre depuis 20 ans sur de nombreux territoires en Amérique du Nord. Sa mise à disposition des entreprises et des collectivités devrait désormais faciliter, en France, le développement d’une nouvelle génération d’initiatives de développement du potentiel économiques territoires.

Quels sont les résultats qui vous étonnent ?

Je suis intéressé, plus qu’étonné, par le fait que l’étude ait permis d’identifier un nombre de collectivités de petite taille plus performantes que la moyenne dans ce domaine. Cela constitue une base intéressante pour de futures analyses du pourquoi et du comment de ce différentiel.

Quelles limites faut-il y voir ?

Le premier intérêt de ce type d’études est apéritif: elles montrent l’existence de gisements de création de valeur. Elles facilitent et accompagnent la prise de conscience, de la part des décideurs locaux intéressés, d’opportunités savent méconnues ou délaissées. Mais ces gisements doivent, pour devenir réalité, être exploités: les études devront être relayées par une action résolue, patiente et collective, l’affectation de moyens correspondants et l’émergence de (parfois nouveaux) comportements coopératifs entre les acteurs du territoires.

Une limite provisoire: La force de l’argumentation proposée est renforcée par la multiplication des diagnostics  territoriaux qui, en France, restent à réaliser. En Amérique du Nord, l’ensemble des études menées sur ce thème depuis deux décennies a à la fois permis un affinement des hypothèses et montré une grande convergence des résultats, sur des territoires et dans des secteurs pourtant très variés.

Un territoire très localisé va-t-il nécessairement bien ?

Tout territoire peut être considéré comme un système vivant en interaction permanente avec les systèmes plus vastes dont il fait partie ou avec lesquels il est en relation. L’intérêt d’une localisation accrue de l’économie du territoire n’est donc pas de viser une autarcie, mais plutôt un équilibre optimisé entre échanges internes et externes. En effet, les efforts sont généralement plus mis aujourd’hui sur la conquête de marchés extérieurs que sur la valorisation des opportunités locales.

Un territoire dont l’économie interne sera en mesure de mieux répondre à ses propres besoins vitaux tendra à devenir moins dépendant de décisions et d’événements extérieurs. Son économie tendra à être plus dynamique, créative et résiliente.

Ceci passe par une meilleure connaissance et valorisation de ses propres ressources (naturelles, humaines, entrepreneuriales, techniques, financières ), notamment en réponse aux besoins du territoire, entraînant une diversification accrue de l’offre et une meilleure capacité de réaction de celle-ci face aux opportunités émergentes sur les marchés intérieurs et extérieurs.

Cela nécessite également que l’on sache faire émerger sur le territoire une vision partagée de son avenir et que les ressources locales soient mobilisées, grâce à un degré plus élevé de coopération entre acteurs, notamment politiques et économiques.

Quels sont les 3-4  territoires les plus engagés dans cette démarche selon vous ? Ceux que vous accompagnez actuellement ou pas…

Si on les compare aux landers allemands, par exemple, les territoires français ont souvent perdu au cours du XX° siècle la culture des synergies et du projet local. La régionalisation demeure un chantier d’avenir dans notre pays.

En Amérique du Nord, la prise de conscience de la nécessité d’un tel rééquilibrage s’est développée en réponse à la désertification industrielle entraînée par la délocalisation accélérée de nombreux sites de production depuis les années 80.

Au cours des deux récentes décennies, des réseaux nationaux regroupant des dizaines de milliers d’entreprises locales, tels que BALLE (Business Alliance for Local Living Economies, http://bealocalist.org) ou AMIBA (American Independent Business Alliance, www.amiba.net), associés à des universités, centres de recherche, Chambres de commerce et collectivités, ont développé des outils (dont des études telles que celles maintenant proposées en France par Utopies) et des stratégies efficaces de renforcement de leurs économies locales.

Mon livre « Made in local. Emplois, croissance, durabilité: et si la solution était locale? » (Eyrolles, 2013. http://madeinlocal.info  présente ce mouvement, ses acteurs, approches et perspectives).

En France, de nombreux exemples intéressants visant le renforcement du potentiel local des territoires existent également, parmi lesquels:

  • Le Pays du Mené (22) : Territoire 100% autonome en énergie, l’un des territoires autrefois les plus pauvres de Bretagne, Le Pays du Mené bénéficie depuis un demi-siècle d’une mobilisation continue de sa population, des entreprises et élus, autour du cri de ralliement « Le Mené, un pays qui ne veut pas mourir ». Il y a quelques années, le Mené fut le premier territoire rural français à décider de devenir autosuffisant en énergie d’ici 2030. Depuis 6 ans, il a été rejoint par d’autres territoires. Ensemble, ils ont créé le réseau des TEPOS (TErritoires à Energie POSitive). www.territoires-energie-positive.fr. Le ministère de l’Environnement appuie cette démarche en lançant un appel à projets annuel pour de nouveaux territoires 100% autonomes en énergie. TEPOS participe activement aux travaux d’un réseau européen de territoires appuyé par le programme Énergie Intelligente Europe (EIE) de l’UE.
  • La CCI Quimper Cornouaille (29) : L’économie bleue, objectif synergies www.quimper.cci.fr. Décidées à valoriser collectivement les ressources de leur territoire, la CCI et ses entrepreneurs se son lancées dans la démarche de  l’économie circulaire (éco-conception et économie de la fonctionnalité, « 4 R » (réutisation/réparation/réemploi/recyclage), écologie industrielle territoriale, transition énergétique). Dans ce cadre, la CCI coopère depuis un an avec Gunter Pauli et le ZERI.
  • G Pauli propose une approche intitulée « Blue Economy », basée sur l’étude de nombreux modèles d’affaire innovants et rentables identifiés à travers le monde, modèles qui ont en commun de:
    • utiliser des ressources disponibles sur place,
    • pouvoir être mises en œuvre de façon décentralisée
    • créer des emplois en nombre
    • ne pas nécessiter de subvention publique
    • ne pas entraîner de coût écologique supplémentaire sur la planète.

 120 de ces modèles d’affaires sont mis à la disposition du public sur son site . www.theblueeconomy.org/innovations.html. A l’issue d’une première année de coopération et de visite de sites de production à travers le monde, G Pauli et la CCI ont identifié 60 modèles d’affaires adaptés aux ressources et entreprises du territoire de Cornouaille (10 d’entre eux sont présentés sur http://www.cci-brest.fr/files/DISI/blue%20economy%20en%20bretagne_cornouaille_10%20clusters.pdf ). Ils travaillent maintenant à la mise en place des premières mises en œuvre par des entreprises et partenariats du territoire.

  • Le réseau national des Pôles Territoriaux de Coopération Economique (PTCE) : Les PTCE sont une initiative née du terrain local,et confortée par son intégration dans la récente loi de 2014 relative à l’ESS (Economie Sociale et Solidaire). Ils sont un peu à la coopération économique locale ce que les « clusters » classiques sont à la compétitivité internationale. « Un Pôle Territorial de Coopération Economique est un regroupement, sur un territoire donné, d’initiatives, d’entreprises et de réseaux de l’économie sociale et solidaire associé à des PME socialement responsables, des collectivités locales, des centres de recherche et organismes de formation, qui met en œuvre une stratégie commune et continue de coopération et de mutualisation au service de projets économiques innovants de développement local durable » (http://www.lelabo-ess.org/IMG/pdf/charte_ptce.pdf ). De nombreux PTCE existent aujourd’hui sur les territoires. Ils offrent un cadre officiel au développement des synergies les plus diverses (Industrie, services, culture, etc) entre acteurs locaux, privés et publics jusque là peu habitués à collaborer sur un projet commun de développement.
  • La Région Hauts de France et la 3° Révolution Industrielle : Vers un monde et une économie durables et connectés : Depuis plusieurs années, la Région Hauts de France /ex-Nord-Pas-de-Calais s’est lancée, en collaboration avec Jeremy Rifkin, dans la démarche qu’il propose: « Le monde change. Face aux défis à la fois économiques, sociaux et environnementaux, les Hauts-de-France ont choisi de s’engager dans la Troisième révolution industrielle. Comme les deux précédentes (la première, celle du charbon et de la machine à vapeur, la 2ème celle du pétrole et de l’électricité), la Troisième révolution industrielle, basée sur la transition énergétique et les technologies numériques, change le monde, notre façon de vivre, de produire, de consommer, de nous déplacer… » Des centaines d’entreprises et de collectivités du territoire se sont lancées dans cette nouvelle révolution, dont l’objectif est de tenter d’être plus viable en utilisant à la fois l’immense potentiel de connexion offert par l’informatique et une gestion raisonnable des ressources disponibles localement.

Raphaël Souchier a publié en septembre 2013 MADE IN LOCAL. EMPLOI, CROISSANCE, DURABILITÉ: ET SI LA SOLUTION ÉTAIT LOCALE ? Retrouvez toutes les informations sur l’auteur, ses recherches et son actualité sur son site.

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Article de Antoine Joint
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