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Changer l’entreprise (et le monde) dans les 21 années à venir. IDEE #5 : Créer les TEDx de la lose pour mettre l’échec en open source 23 mai 2014

A l’occasion de ses 21 ans fêtés en avril 2014, Utopies a organisé un bouillon collaboratif avec ses clients et partenaires pour réfléchir ensemble aux moyens de transformer (radicalement) le fonctionnement des entreprises pour un monde plus durable. Ce blog publie ici les résultats de cette réflexion… qui doit beaucoup à nos invités : qu’ils soient tous chaleureusement remerciés !

IDEE #5 : CREER LES TEDX DE LA LOSE POUR METTRE L’ECHEC EN OPEN SOURCE

« Il n’y a qu’une seule chose qui rend un rêve impossible à réaliser : la peur de l’échec. » Paolo Coelho

Dissimulé, dégradant, voire honteux, l’échec en entreprise n’a pas bonne presse. Et pourtant, il fait partie intégrante du processus d’innovation, puisque celle-ci repose sur une prise de risque. Lorsqu’il survient, l’échec apporte donc avec lui une opportunité de remise en question et d’analyse très fécondes : ne dit-on pas, selon l’expression consacrée, que nous apprenons de nos échecs ? Ainsi, si l’on veut changer l’entreprise (et le monde) dans les 20 prochaines années, il est urgent de faire évoluer les mentalités sur l’échec et d’apprendre à en tirer des enseignements.

Afin de parvenir à se réinventer au travers de l’innovation, comment l’entreprise peut-elle s’affranchir du tabou de l’échec et constituer en son sein un terrain propice à la prise de risque ?

1. Dédramatiser et partager l’échec

  • L’acceptation de l’échec requiert un changement d’état d’esprit profond. Pour ce faire, il faudrait donc apprendre très tôt à assumer l’échec en valorisant la prise de risque qui fut à son origine, par exemple en substituant au mot « échec », des expressions comme « expérience » ou « essai » dans le vocabulaire courant, que ce soit dans le monde de l’entreprise ou dans le monde éducatif.
  • Communiquer et diffuser largement les retours d’expérience sur l’échec contribuerait à le dédramatiser et, aussi, à éviter qu’il ne se reproduise. Ainsi, mettre l’échec en open source pourrait être particulièrement payant  pour une entreprise, que ce soit par des bases de données accessibles à tous ou par l’organisation d’évènements dédiés au retour critique et analytique sur les causes de l’échec. Les entreprises pourraient, par exemple, organiser le « storytelling » de l’échec, par le biais de foires aux expériences. Pourquoi pas même des « TEDx de la lose », sur le format des célèbres conférences TED où des personnalités inspirantes, aux talents venus de tous horizons, ne viendraient plus exposer leurs passions et les projets auxquels ils sont parvenus à donner le jour mais mais, plutôt leurs échecs et l’analyse rétrospective qu’ils en font ?

2. Encourager la prise de risque

  • Il apparaît nécessaire, de repenser l’organisation de l’entreprise afin d’y créer des espaces où la prise de risque est possible, et même encouragée : incubateur dédié, comités d’innovation mensuels par service,  voire même des approches transversales comme un quota de temps accordé à chaque collaborateur pour des projets innovants apparaissent comme autant de solution pour encourager cette prise de risque.
  • Pour assurer la mise en place opérationnelle du droit à l’échec, l’entreprise doit non seulement l’inscrire dans ses valeurs mais aussi inciter ses collaborateurs à prendre des risques, que ce soit par des incitations financières ou des critères d’évaluation.

Proposition #1 : revoir les schémas organisationnels

Certes, il existe souvent des comités d’innovation spécifiquement créés par pôle dans l’entreprise. Cependant, bien que la participation des employés y soit encouragée, cette dernière est affaiblie par la présence des directions, frein réel à l’émergence d’idées de rupture. Comme la prise de risque est directement liée à la notion d’autonomie, elle amène à s’interroger sur le schéma organisationnel de l’entreprise et la place de la hiérarchie.

L’agilité organisationnelle semble essentielle pour assurer la prise de risque. Il faut savoir réagir rapidement, tester et mettre en place de manière méthodique, opérationnelle et accélérée. Pour cela, des pôles spécifiques peuvent être créés, forme de « fablabs » internes, ou des incubateurs dédiés. Constatant la difficulté à coupler des objectifs de chiffre d’affaires à des attentes chiffrées d’innovation, Essilor a ainsi sorti l’innovation de rupture du marketing en y affectant un budget dédié. Pour responsabiliser les responsables d’innovation, on peut également imaginer des systèmes où ces derniers portent un projet sur une durée prolongée (plus d’un an) et où ils peuvent être co-actionnaires des structures ainsi créées. Enfin, il est également important de réfléchir au parcours des décideurs. Chez Ferrero, il faut préalablement passer par le comité stratégique pour pouvoir intégrer le comité de direction.

Proposition #2 : diffuser l’information en créant des bases de données dédiées ou en organisant des évènements mettant l’échec à l’honneur

Souvent, au sein d’une même entreprise, les erreurs passées de certains sont celles des autres aujourd’hui. Et pourtant, la vertu de l’échec réside dans le retour sur expérience : il est donc nécessaire, au sein de l’entreprise, de le formaliser et de le partager. C’est pourquoi il semble essentiel que les collaborateurs aient accès aux retours d’expériences de chacun. Mettre l’échec en open source pourrait ainsi, par exemple, prendre la forme de bases de données internes relatant les expériences d’échec. L’échec pourrait aussi être valorisé par sa mise en scène : il s’agirait d’organiser un « best of » des projets n’ayant pas rencontré le succès escompté et où les personnes porteuses de ces derniers expliqueraient leurs échecs en conventions. On peut penser à d’autres temps consacrés : « l’échec du mois » ou le « festival de l’échec » à l’image de la Failcon, née dans la Silicon Valley, qui, depuis 2009, et à travers le monde entier (dont la France depuis 3 ans) met à l’honneur les projets qui ont échoués. Dans le même esprit, au Mexique, les festives « Fuck Up Night » invitent tous les mois de jeunes entrepreneurs à échanger sur leurs échecs lors de soirées branchées. Mais attention : pour que cette mise en scène ne soit pas punitive mais constructive au sein de l’entreprise, il faut impérativement un engagement du management, condition nécessaire pour que cette théâtralisation permette de comprendre de manière pédagogique les origines et raisons d’un échec.

Proposition #3 : inciter financièrement à la prise de risque

L’un des freins à la prise de risque est aussi la structure actuelle des rémunérations. Comme le chiffre d’affaire prime et qu’il est difficile de s’affranchir des seuils financiers, l’échec est particulièrement pénalisant pour le collaborateur. Pour pallier cela, différentes options se présentent : ajouter un pourcentage d’innovation de rupture dans l’évaluation personnelle ou un pourcentage de temps dédié pour tous à des projets innovants, par exemple.  Un des risques inhérents à cette approche est qu’elle rend la prise de risque obligatoire et menace alors la créativité. A ces données figées doit se greffer une sémantique plus flexible : on octroie des champs de liberté, facultatifs mais encouragés. Pour inciter à cette prise de risque sans l’imposer, l’incitation financière est donc un biais efficace. Cette dernière peut prendre la forme d’un bonus à l’innovation ou faire partie, à l’image du système adopté par Bilum, des quatre principaux points d’évaluation du personnel (« Apport d’idées nouvelles »). La prise de risque est optionnelle, mais récompensée.

Les idées ne manquent donc pas pour valoriser l’échec. L’essentiel, pour assurer la mise en œuvre de cette démarche, repose sur la volonté et les moyens mis en œuvre par l’entreprise et en particulier le top management, pour permettre cette transition culturelle.

Merci à Alessia Bertoli, d’Utopies, pour la corédaction de cet article


Article de Fanny Rouxelin
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